Regards sur le 4ème Congrès de l’Observatoire francophone de la Médecine de la Personne

qui s'est tenu à Bordeaux le 17 novembre 2016

 

 

Simon Daniel Kipman, président de l’Observatoire, rappelle que « la médecine de la personne est bien sûr venue de la psychiatrie mais qu’il ne s’agit pas de saupoudrer le soignant d’un peu de psychologie ». La médecine de la personne est une médecine qui s’adresse à la complexité de la personne. Alors que nous vivons dans un monde de normes et de statistiques, d’algorithmes et de règles économiques. Le soignant est devenu le dernier spécialiste de l’anormalité, de ce qui ne rentre pas dans les normes. Or le but d’un soignant n’est pas de réduire cette anormalité pour la faire rentrer dans des normes ; l’objectif du soin ce n’est pas non plus d’étouffer le soigné mais au contraire d’obliger le système à lui faire une place, à retrouver une marge de manœuvre. Sinon nous sommes morts ! »

La médecine de la personne est une école de pensée pour les soignants qui s’oppose classiquement à la médecine personnalisée, celle qui va chercher uniquement dans la technique une réponse déshumanisée et standardisée au problème du patient. La médecine de la personne cherche donc au contraire, à remettre d’abord la personne à soigner au cœur de la démarche soignante.

L’OFMP s’intéresse à la littérature, s’intéresse à l’art et à la poésie, à la philosophie, la psychanalyse, et nourrit sa recherche avec ses sources de connaissances en sciences humaines, sans lesquelles on ne peut aborder les difficultés qui traversent le corps et la pysché humaine. 

Le thème de la journée était « Des conflits et de leur résolution », Simon-Daniel Kipman, le Professeur Pascal- Henri Keller (Université de Poitiers) et le Professer Gérard Ostermann (Université de Bordeaux),  rappellent alors que « les conflits sont la mère de la pensée et qu’ils aident à grandir dès la naissance » mais que dans le soin il faut par contre sortir rapidement de la notion de conflit binaire, de bataille, de pouvoir, pour passer à une triangulation salutaire, pour « passer du conflit au complexe  Et c’est précisément dans cette triangulation que se place la médecine de la personne, car il rappelle que le soignant n’est pas là pour prendre parti dans le conflit que le patient mène avec la maladie mais pour l’aider à trouver un nouvel équilibre qui le satisfasse, « l’accompagner vers une meilleure vie et pas lutter uniquement contre la mort ».

Pascal-Henry Keller, professeur émérite en psychologue et psychanalyste (Université de Poitiers), auteur d’une « Lettre au déprimé » (Edition Dunod, 2013), rappelle que le conflit nous est inhérent de par notre structure psychique en référence à Freud  et aux Topiques.  Des conflits, nous cherchons des compromis pour atteindre l’équilibre. Il s’insurge surtout contre une médecine chimique qui traite les dépressions. II rappelle alors que les recherches en chimie se font sur des souris alors qu’on ne connaît pas la capacité des souris à être dépressives et montrent quelques diapositives explicatives d’expériences sur les souris. C’est une question philosophique et éthique aussi puisque le médecin qui prescrit des antidépresseurs « ment » le plus souvent sur la confiance qu’il a dans le médicament alors qu’en étant honnête il devrait dire qu’il pense que ça va « probablement » aider le patient mais qu’il n’en est absolument pas certain et ne peut pas l’être.  Enfin, Pascal-Henry Keller dit enfin qu’il a été montré par  les études menées ces dernières  années que les sujets sains qui avaient absorbé ces traitements « pour des tests » auraient montré au final un taux plus élevé de suicides et de violence envers autrui que la population normale. Il relate aussi qu’un de ses patients, en arrêt maladie pour dépression a vu son arrêt refusé par la caisse de Sécurité sociale et être obligé de retourner travailler parce que son médecin ne lui avait pas prescrit d’antidépresseur !

Il y alors confusion entre symptômes et médicaments qui définiraient plus la maladie que la souffrance même du patient, et de plus ce serait légiféré par les cadres de la CPAM qui décident alors de l’avenir du patient en cochant adéquats  des traitements signifiant ou non la pathologie.

La médecine de la personne se situe dans une résistance aux normes, aux codes de comportements, aux traitements, aux examens, aux statistiques. C’est un exercice difficile car cela demande une énergie immense contre une médecine qui s’impose par sa technique, ses sciences respectables, qui soigne dans la certitude de ses connaissances et sans prendre en compte qui est le patient. La difficulté est de faire participer le patient à ce qui lui arrive, que ce soit la maladie, et le soin.

180 personnes étaient présentes attentives à la difficulté de porter soin et à ce qu’est le conflit, concept très actuel et qui traverse la réalité sociale et la réalité individuelle.

Pierre-Marie Lincheneau, psychologue et psychanalyste, auprès des équipes de réseaux de solidarité, s’occupant particulièrement de personnes en grande précarité, nous explique la rivalité des réseaux  qui entrave la volonté d’efficacité pour aider. Le fantasme d’accompagnement  ne peut devenir réel si la personne n’est pas reconnue. Là encore, le lien à la personne, à l’identité, à la conscience de soi, est une problématique qui demande aux aidants un effort d’incertitude et de relation à l’autre.

Cette journée fut un temps particulier qui a mis au centre de l’être, le conflit,  force de vie. La maladie étant un conflit. Porter soin en médecine de la personne, c’est, sans doute, permettre au patient de vivre ce qui le traverse autant que ce peut, de se reconnaître et de chercher son autonomie, de donner une place au soignant comme tiers, en tant que chercheur du soin et non comme expert étranger à la personne avec qui il pratique une médecine de sciences mais avec la personne.

 


Le groupe de penseurs de l'OFMP : médecine utopique ou médecine de l'avenir ?

 

Penser la médecine de la personne.

La médecine de la personne, ah oui ! Tout le monde connaît, tout le monde en parle, tout le monde a son idée, ses modèles, ses principes de référence. Avant même de devenir sigle d’une organisation, c’est un mot composé, un mot valise ; comme liberté, égalité, fraternité, ou éthique ;  comme savoir, comme pouvoir. La médecine de la personne, c’est donc comme la politique ou l’économie. il y a des spécialistes, experts autoproclamés, qui s’opposent sans que l’on comprenne bien à quoi ils s’opposent, ni les non- dits auxquels ils font allusion. Et il y a nous tous, intéressés, nous permettons des remarques, qui essayons de donner des indications, ou exprimons des indignations de café du commerce.

Et pourtant, si tant de gens se sentent concernés, touchés, intéressés er impliqués par ou dans les pratiques réelles et espérées des traitements et des soins, se manifestent, c’est bien qu’il y a là «  quelque chose ». Ce quelque chose que nous croyions être un trésor difficile d’accès.

Il faut bien que, devant ces interrogations émergentes, suscitées ou provoquées, à contrario, par des conditions de travail en voie de dégradation, il faut bien, disais-je, s’y mettre.

La méthode des sondages, des réunions citoyennes, de la libre parole n’y suffira pas. On ne cherchera pas là à dégager une opinion majoritaire mais une vision fondée sur un consensus scientifique contemporain (Je ne parle pas, ici, bien évidemment, de la pensée unique). Il nous a donc fallu mettre en place un groupe de travail informel, coopté, confrontant des expériences, des positions, des théorisations diverses, aussi diverses que possible. Et c’est de ce « think tank » que devrait sortir une définition claire et provisoire de ce qu’est ou de ce que pourrait être la médecine de la personne : médecine utopique ou médecine de l’avenir ?

La tâche n’est pas facile, mais penser la complexité et la diversité n’a rien de facile. La tâche n’est pas dirigée car la complexité exclue la linéarité ;

La tâche enfin, sera longue, et sans cesse remise en question… et c’est tant mieux.

Mais je pense que dans quelques mois nous pourrons offrir à la discussion un premier texte un peu élaboré, organisé. En attendant, tous vos avis, toutes vos idées peuvent nous relancer, ouvrir ou fermer des portes entr’ouvertes, et dynamiser la réflexion sur la médecine de la personne.

Car, à aucun moment, nous ne voulons, nous ne revendiquons l’exclusivité de ces réflexions. Nous, l’OFMP tout entier n’est pas une institution détentrice d’un certain savoir, il est un « passeur d’idées ».

Et nous ne voulons pas, non plus, et quel que soit notre souci de globalité, être les seuls sur le marché. Nous ne voulons pas non plus nous contenter de commenter l’actualité, mais nous souhaitons participer à orienter cette réalité par une dynamique de pensée.

SDK Avril 2016

 

 


Le 17 novembre à Bordeaux, l'OFMP en assoviation avec le CRAA, organise le 3eme congrès francophone de la médecine de la personne

 

Le thème :

"La guerre en dentelles, les conflits en lambeaux"

 

De toute part, on entend le monde craquer devant des conflits multiples, et mal maitrisés. On sait que quand on ne peut parler, on agit ; que quand la diplomatie échoue, elle fait le lit des violences guerrières ; que quand la démocratie (ou tout autre système politique non violent) trébuche, c’est la porte ouverte aux violences.

Entre les violences quotidiennes, les multiples incivilités, et les violences d’état qui conduit à envahir et à piller un pays, existent des violences institutionnelles et des violences interindividuelles. Ce sont les multiples conflits que nous traversons tout au long de notre vie, et qui prenant de l’ampleur, dépasse nos capacités immédiates de compréhension, de réaction.

C’est bien pourquoi, je pensais que nous pourrions consacrer un congrès ou une rencontre à la gestion des conflits au sein de la médecine de la personne, aussi floue soit elle.

Mais j’avais eu la malencontreuse idée d’intituler cette rencontre « pacifismes » car le soignant est celui qui tente de ramener la paix devant les conflits déclenchés par la maladie – vécue comme rupture ou agression- ou révélés par la maladie  (mécanisme de défense et agression bactérienne par exemple), et qui touchent le malade lui-même, les soignants, les groupes de proches et de soignants.

Ce sera donc autour de cette idée que s’organise en ce moment même le troisième congrès de l’OFMP qui aura lieu à Bordeaux en novembre 2016.

Dans ce congrès, sous la direction du Pr Ostermann, il sera fait appel à des personnalités tant du monde de la médecine et de la maladie, et à des personnalités extérieures pour lancer et cadrer nos réflexions.

Donc, dès maintenant retenez cette date et le lieu, pré-inscrivez vous, et donnez- nous vos idées pour de prochains congrès et colloques (note : nous en avons déjà quelques-unes recueillies lors du second congrès à Poitiers).

S.-D. Kipman 

 

 

 


Une histoire vraie : d’une annonce l’autre…

par Dr Eloy Piketty, médecin généraliste

Photo Piketty

 

C’est dans le cadre du second congrès francophone de la médecine de la personne et lors d’une table ronde de discussions autour de l’annonce en médecine avec le Dr Laurent MONTAZ et Brigitte GREIS que me sont venues ces quelques réflexions.

Une histoire vraie : d’une annonce l’autre…

D’abord une histoire clinique vécue qui me fait toucher du doigt le fait que les annonces sont de diverses gravité, que les annonces vont dans divers sens du soignant au patient ou inversement, que plein d’annonces se font sans nous : le patient et ses proches passant leur temps à s’annoncer plus ou moins explicitement des informations décisives pour leurs biographies. En général l’annonce d’une mauvaise nouvelle en appelle plein d’autres et représente un tournant décisif dans la biographie du patient d’une part et dans la relation de soins d’autre part.

Je me souviens de Stéphane 43 ans marié depuis dix ans avec Paula dont le couple a deux enfants 10 ans et 5 ans. Lire l'article d'Eloi Piketty


La médecine de la personne : conversation dans les foyers
autour de la crise et du soin

par Brigitte Greis

 

C’est un sujet de conversation, c’est un évènement soudain dans la vie quotidienne des personnes, c’est un évènement sournois ou violent, c’est un moment dans la vie de la personne prévisible ou bien subi et incontrôlable. Cela a des conséquences. Cela demande aux témoins un comportement, une analyse, de la création d’une aide possible pour un lendemain différent. C’est du soin.

 La crise : la crise, serait comme les monstres sous le lit des enfants qui s’endorment. On en parle et on ne sait pas ce que c’est et cela fait peur, mais on l’oublie pour dormir.

Comment en parler ? Suis-je légitime ? On ne sait pas toujours ce qu’est une crise, la crise sociétale, économique,  personnelle, amoureuse ? Que ce soient les cracks financiers, les guerres, les idéologies, cela traverse le monde et nos vies, même les plus ordinaires. Les ordinaires, ce sont nous et, en chacun de nous, nous avons traversé des crises avouées ou inavouées. C’est comme dans le monde fractal. Dans un décor d’un monde en mouvement, c’est souvent le grain de sable qui fait bouger. Je souligne la chance de vivre ce mouvement sans lequel nous mourons. Une société figée, un être figé dans l’immobilisme meurt et se tait. Nous devons sans cesse nous rappeler que l’humanité s’est faite en marchant. Le décor actuel sociétal sur fond de libéralisme à outrance, de guerres idéologiques, de barbarie, ou de pauvreté, de changement climatique, induit des déplacements de population qui trouent les frontières de leurs peurs et de leur désir de survie. De tout temps il y a eu des migrants ; des corps en mouvements ; des vies qui sont traversées par le mouvement,  qui vivent des fractures. Lire la suite 


Compte rendu du 2ème Congrès francophone de la Médecine de la Personne

20 et 21 novembre 2015 à Poitiers

 

 Congre s claeys 1                                             Alain Claeys, député-maire de Poitiers, au cours de sa présentation sur la loi et la santé


Un congrès est un point d’orgue, un moment dans la vie d’une institution, qui vient tantôt fermer une boucle, tantôt relancer une ou des actions. C’est, en tous cas, l’occasion de préciser et de redire quels sont les objectifs de l’institution qui l’organise.

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Donc l’OFMP pour la première fois de sa courte histoire organisait un second congrès. Il n’est plus question de fouillis enthousiasmant, mais bien de centrer nos échanges sur un point précis, de focaliser sur PARLER, donc échanger, écouter, traduire d’un côté ; parler à qui, à quelle(s) personne(s), et comment d’un autre côté.

Lire l'article

 

Affiche 5           1er congrès de la médecine de la personne

 

 

Le Prix Esculape 2015

 

Le prix Esculape 2015 organisé par l'OFMP a été décerné à Rosa Monteiro pour son roman
"L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir" (Editions Métaillié,novembre 2014) 

Monteiro  Dsc 0191
Mme Monteiro reçoit son prix à l'occasion du congrès de l'OFMP

Prix EsculapePrix Esculape

 

 

Publication du 2ème ouvrage collectif de la médecine de la personne en 5 questions

"Découvrir la médecine de la personne - Regards croisés" (Éditions Doin, novembre 2015)     

 

Cette publication est le 1er ouvrage d'une nouvelle collection sur la médecine de la personne proposée par l'OFMP et pour laquelle l'association sollicite des auteurs.

 

Livre 3     Livre 4

Cet ouvrage fait suite à une 1ère publication parue en novembre 2012 

"Manifeste pour une médecine de la personne" (Ed. Doin)