La lettre de l'OFMP : n°7 - septembre 2015

 

Affiche 5

Rendez-vous à ce 2ème congrès consacré au thème :

"Parler, parler au patient, parler au soignant"

Tous les soignants et patients sont concernés.

La soirée festive du congrès sera animée par des acteurs et musiciens sur le thème du docteur Knock, et un prix littéraire sera attribué pour un ouvrage littéraire, roman ou nouvelle, traitant de la santé psychique ou physique.

A bientôt pour des échanges et une réflexion conviviaux.

 

programme congrès

fiche d'inscription

Contact pour l'inscription : celine.morit@tourisme-vienne.com

Tel : 05 49 37 48 58

 

Sommaire

 

  • "Rentrée" - éditorial de Simon-Daniel Kipman 

  • "Le corps en déplacement" - Brigitte Greis

  •  
  • "La soi-niante" - Jessica Martineau

  • Actualités : le 2ème congrès de l’OFMP - 20-21 novembre 2015 à Poitiers

  •  A lire : 4 nouvelles oeuvres littéraires en lien avec la santé, sélectionnées pour le prix ESCULAPE qui sera attribué lors du congrès et résumées par Isabelle Baffoux:  "De peur que j'oublie" de Marie-Noël Rio, éd. Le Sonneur, mai 2014 /" L'idée de ne plus jamais te revoir" de Rosa Montero, éd. Métailié, janvier 2015/ "Bad Girl," de Nancy Huston , éd. Actes Sud, janvier 2015/ "Histoires naturelles de l'oubli" de Claire Fercak, éd. Verticales, janvier 2015.



La rentrée

par Simon-Daniel Kipman, président de l'OFMP

 

Partout, sans cesse, au retour de vacances formidables, forcement formidables, je me sens poursuivi, sollicité par les questions fondamentales et accessoires qui font de la MEDECINE DE LA PERSONNE une issue possible - à peu de frais, mais à gros efforts - à nos problèmes contemporains.

En effet, quand on voit les scandales qui nous entourent, qui nous assaillent, la médecine de la personne est sollicitée.

Qu'est-ce qui est plus important : ces millions (je dis bien ces millions) de personnes déplacées contre leur gré, contre leur santé, contre leur confort ; et la destruction de patrimoines de l'humanité. Qu'est ce qui compte le plus : l'impunité de dirigeants, de dictateurs et de leurs valets ; ou les hésitations de ceux qui ne savent pas avec qui se battre, contre qui ils luttent ? Qu'est-ce qui nous importe : notre propre santé, physique ou mentale, ou  celle, menacée de tous ceux qui sont au-delà de la précarité ambiante.

Dans tous les cas, il s'agit d'accéder à la COMPLEXITE des situations ; de substituer des hypothèses et des probabilités aux certitudes des simplificateurs et des fixistes.

A chaque fois il faut accepter de se sentir au bord ou en marge des règles et des répétitions.

Une communauté aléatoire, comme une équipe soignante, l'ensemble des soignants, les malades et leurs proches, les "cohortes" de malades ; des fuyards ou des combattants ; des applicateurs de connaissances ou des "inventeurs" ne peuvent évoluer, bouger, sortir des ornières, progresser  - toujours partiellement - qu'en se colletant à cette complexité, et donc aux confrontations multiples.

Voilà une belle envolée de rentrée ; mais désormais les lettres de l’OFMP vous tiendront au courant du congrès qui se prépare. Et d’ores et déjà, nous recueillons des idées pour les thèmes des prochains congrès, idées qui seront présentées et discutées en novembre à Poitiers les 20 et 21 novembre 2015.

 


Qu'est ce qui fait le soin ? Une recherche d'un fondamental à visiter

par Brigitte Greis IDE

Avoir un corps, être un corps, prendre corps, mais qu’est-ce donc ? Est-ce qu’au travers de notre enveloppe charnelle nous développerions donc le sens de notre existence, comme une transformation de notre naissance à notre mort, voire une transmutation selon l’environnement où nous vivons ?

Je me plais à vous citer Jean-luc Nancy qui écrit dans « 58 indices sur le corps et extension de l’âme » (édition Nota Bene 2004, p.7 ) :
« Le corps est matériel. Il est dense. Il est impénétrable. Si on le pénètre, on le disloque, on le troue, on le déchire. »

Les corps des patients, allongés, assis, déshabillés, ou vêtus, dans la nudité de leurs souffrances, se donnent à voir, se laissent prendre, palper, inciser, soigner, dans l’espoir d’un advenir où le mouvement de leur vie reprendrait un sens dans la guérison. Le patient prend un risque, celui d’être perçu et représenté dans la mémoire et la pensée, analysé scientifiquement et au travers de belles radiographies, au travers de sa nudité de souffrant et d’être statué ainsi, souffrant. Il ne peut avoir accès à la pensée de celui qui le capte, et quoiqu’on en dise, tout soignant capte l’autre dans ses représentations (et d’ailleurs le décide-t-il ?). Le patient alors entre en lien. Il est lié dans un contrat sur son corps, un peu comme les bandits le font sur une tête à « descendre». La fin du contrat constituera une perte de ce lien et de ses participants, mais un projet de vie différent d’avant la maladie. Le corps propose une multitude de forces en synergie qui nous touchent et nous renvoient à nos pratiques. Nous ne soignons pas tout le monde de la même façon, avec les mêmes émotions, les mêmes investissements personnels. Le corps n’est pas une chose, mais une matière vivante qui donne à l’âme toute son essence.

La soignante navigue parmi les corps des autres en se présentant elle, sans corps mais tout en devant avoir du corps dans sa pensée soignante et ses connaissances. Le corps n’est pas nommable et cependant appartient à l’être qui l’occupe, il permet de me représenter cet être dans ce qu’ il veut, tente, laisse montrer de lui, de ce qu’ il est, de son histoire ou de son essence. La soignante a une idée du corps de l’autre qui lui reste immatériel. Seulement nul ne peut être sûr de ce qu’il montre au travers de son corps, de sa souffrance, de sa blessure, ou du plaisir qui le traverse, du sens de sa beauté ou de son projet de vie. Le regard et le toucher sur le corps, du soignant est ordonné, cadré, motivés par des objectifs, un savoir, une expérience. Rien n’est laissé au hasard, mais ce que le soignant ne contrôle pas, ce sont ses représentations du corps appréhendé et de la mémoire qui lui en reste.

La soignante ne peut lutter contre un no man’s land impossible entre ce qui revit en sa mémoire du corps des autres. Elle va s’astreindre à taire ces ressentis, ces images, la vie de l’autre effleurée par sa pensée intime ; elle va s’acharner à taire l’intime de l’autre et informer et transmettre le contenu rationalisé et médicalisé du corps souffrant. La chair parfois nous interpelle et nous dévore. Comment se protéger de nos velléités dévoratrices ? Est-ce cela que suggère ce titre ?

Alors que se passe –t-il dans la pensée de la soignante qui communique avec les autres ? Avec le patient ? Avec son entourage ? Avec les autres soignants ? Quelle alchimie de la parole pour une rétention sévère de ce qu’est l’identité du souffrant et de ce qu’elle en a ressenti ? D’une information à l’autre, d’une transmission à l’autre, en vue d’un projet de guérison ou de vie, que supposons-nous perdre du sens même de la vie qui a suinté dans le corps blessé ? Il faut bien disséquer, analyser, travailler sur la chimie, la biochimie, « protocoliser », etc... Mais le patient lui qui vit dans son corps distordu, dysfonctionnel, comment se donne-t-il ? Et que se passe-t-il dans cette pelote de fils qui s’enroulent autour de lui, parfois sans lui, fils que tissent les différents soignants, aidants, qui se mettent à penser pour lui mais sans lui ?

La soignante reçoit mais qu’en fait-elle ? Car ce qui s’extériorise du corps le met en même temps en relation jusqu’à la difficile acceptation de recevoir ce qui vient de l’autre : suintements, sécrétions, odeurs, malformations, délires, gestes, maladies, humeurs, bons sentiments ou mauvais. Les expulsions et démonstrations de la vie du corps met en lien la personne à soigner avec ceux qui sont censés chercher un meilleur avenir de santé pour elle. On sait bien que cela passe aussi par des sentiments difficiles à dire, la honte, la peur, la répulsion, le non-amour, que ce soit de la part du soignant ou du patient. Cela représente la part cachée, le silence de la relation, la dureté des émois qui circulent dans la relation soignante et qui cependant nous mettent en lien.

Je pense alors au tableau de Jérôme Bosch, un triptyque, la création du monde, où de la naissance à la mort, la multitude des corps se transmutent, se mélangent, bêtes, hommes, paradis ou enfer, dévorations et monstres, membres et corps disloqués ou beauté. Un lien coordonnant les diverses compétences dans un objectif d’indépendance, de guérison, transmis par une soignante qui vaque entre le domicile, l’hôpital, les maisons médicalisées et encore l’hôpital et le domicile.

Corps, et relation ou transformation.

Alors je voudrais appuyer sur cette certitude : on est jamais sûr de ce que l’on gagne sur un corps car le doute reste entier sur les capacités de l’âme à vouloir gagner sur le jeu de la perte de vie.

Plusieurs se mélangent dans ma mémoire, comme dans le triptyque de J. Bosch. Car comme tout soignant je me penche d’abord sur une partie du corps. Et j’ai donc pu porter soin à une multitude de membres ou d’organes. J’ai donc recueilli des paroles, des réflexions, qui font du lien que j’entretiens avec les autres professionnels autour du patient et de son avenir, une histoire sans fin et pas toujours transmissible. Mes liens avec les réseaux, avec les autres soignants ou aidants m’importent car je suis toujours inquiète de l’avenir du patient. Cette inquiétude nourrit mon questionnement et ma prudence.

Je vais vous simplement vous dire quelques phrases entendues de patients, scénettes de vies perturbées par la maladie, le vieillissement, la mort à venir ou bien la guérison tout aussi perturbante parfois. Car si le corps ne parle pas, les petites phrases captées des uns et des autres sont des petits refrains de chants de l’intérieur, qui nous rappelle à tous, et dans ce souci de prendre soin de la personne à plusieurs et pour son bien, que la personne est IDIOS( en grec =seule), et cependant inter-alter, mais toujours singulière et habitant son corps qui la fait vivre.

Mme G. me montre ses 15 cicatrices d’opération, elle en parle sans cesse, en nommant chaque chirurgien ou médecin qui l’ont ainsi marquée, à chaque soignant elle se montre ainsi et s’identifie ainsi. Elle n’a cessé d’aller et venir dans les hôpitaux, son retour à domicile était toujours une victoire sur son corps si lourd. Elle est décédée, non pas sur une table d’opération mais à la suite d’une chute, chez elle. Et lui, amputé, cet autre homme transformé en homme assis, maintenu chez lui par un va et vient des soignants, il a bien fallu attendre l’ultime pourrissement avant de couper, car il disait : même si je ne bouge plus, je veux garder mes jambes, on ne sait jamais...Que savoir ? Et elle qui saignait de son sein à la tumeur en forme de coquelicot, voulait encore danser, elle qui n’avait pas eu d’enfants laisser saigner son sein, lait et sang, flux de la vie, des hémorragies qui lui donnaient du plaisir : « c’est très doux, je coule, c’est chaud, et je m’endors », mais qui effrayaient les équipes, qui finirent par l’hospitaliser à jamais par peur du sang. Cette psychologue qui me dit devant un jeune homme prisonnier de souffrances psychiques, me dit : «je n’y comprends rien parfois, cela me subjugue». Dans une réunion d’équipe pour décider du maintien au domicile ou non, avec des aussi des soignants hospitaliers, cette vieille dame prisonnière, elle, de son corps difforme : « ils sont qui tous ces gens ? Pourquoi ils me demandent tout ça ? Moi je suis chez moi depuis toujours, j’ai mal, mais, je suis chez moi, c’est mon lit » : elle était fusionnelle avec sa maison dans la non-conscience de son état, trois mois suffirent à son départ pour l’éternité une fois déplacée.

D’autres histoires s’accumulent avec des phrases, justes et suffisantes, des flux de corps, eux aussi dans une migration où les frontières sont celles de leur lit, sans espoir d’avenir. Les corps se déplacent pour la vie, en masse ou seuls, mais toujours pour fuir la mort.


La "soi-niante"

par Jessica Martineau, IDE

 

Je suis en colère, je leur en veux… Ils n’ont pas respecté ses dernières volontés ; parce qu’elle était à présent dans l’incapacité de s’exprimer, ils ne l’ont pas entendue, pas comprise.

Je suis peinée car elle m’avait confié ses souhaits, ses craintes ; j’avais tout notifié à l’oral, à l’écrit et pourtant cela n’a servi à rien. Pourquoi ? Simplement parce que cela les dérangeait, eux, dans leurs propres valeurs. Nous la soignons depuis un an, j’avais une relation particulière avec elle, alors certes peut-être que mes émotions me parasitaient comme ils ont tous su me le faire remarquer, mais c’est aussi cette relation qui m’a permis de comprendre pourquoi elle refusait à présent de voir son mari et ses enfants…

Leurs adieux, ils les avaient fait comme ils le souhaitaient, pendant qu’elle pouvait encore parler et embrasser ses enfants. A présent d’un commun accord nous devions appeler son mari seulement lorsqu’elle ne serait plus de notre monde. En ce qui concerne sa mère elle avait toujours refusé de la voir et ne souhaitait sous aucun prétexte la voir à son chevet. C’était son histoire personnelle et familiale. J’avais pris le temps avant que son esprit « ne s’évade » d’en discuter longuement avec elle et son mari ; tout était limpide.

Alors lorsque je suis revenue de mon jour de congé et que j’ai lu dans les transmissions que son mari avait été appelé la veille et le matin même pour lui demander de venir car l’état de sa femme s’était aggravé, je n’ai pas compris. En arrivant dans la chambre de ma patiente, je vois une dame d’un certain âge qui se présente : « je suis sa mère, on m’a laissé rentrer ». S’en est trop, j’ai besoin que l’on m’explique. Je me suis retrouvée face à plusieurs infirmières, la kinésithérapeute et la cadre du service qui me disent : « Non mais tu comprends c’est sa mère ; mets-toi à sa place c’est sa fille elle veut la voir et puis par respect vis-à-vis de son mari on se devait de le rappeler, c’est bizarre qu’il ne veuille pas venir… il ne doit pas se rendre compte… ». Je commence à leur expliquer que tout avait été murement réfléchi par la patiente et que j’avais tout retranscris dans les transmissions pour pouvoir respecter ses souhaits.

Là, je me suis sentie assaillie de remarques : « de toute façon, tu n’es pas objective tu es trop proche de cette patiente et de son mari. « De toute façon ; ce serait moi je voudrais qu’on prévienne mon mari, qu’il vienne me voir». J’entends aussi : « non mais tu ne sais pas ce que c’est d’être maman ; c’est normal qu’elle veuille voir sa fille ».

Je ne comprends plus rien, c’est complètement aberrant, c’est incompréhensible… J’ai envie de crier mais ce n’est pas vous, ce n’est pas votre histoire, c’est la leur et ils font des choix qui leur appartiennent. J’ai envie de hurler. Nous ne sommes pas là pour juger ou faire ce qui nous semblerait bien si c’était nous. Ce n’est pas nous qui sommes face à la situation, nous sommes là pour les accompagner ; pas pour faire ce que nous souhaiterions. J’ai envie de hurler, de pleurer, de m’enfuir mais je reste là statique, mes émotions et sentiments me paralysent…

Je suis tellement en colère. L’empathie ce n’est pas faire pour l’autre ce que nous même nous souhaiterions, c’est comprendre les sentiments, les émotions de l’autre. C’est se décentrer de soi pour se centrer sur l’autre.

Et moi qui pensais avoir pris du recul, avoir appris à gérer mes émotions. Et pourtant si ce soir j’ai repris l’écriture c’est bien pour libérer mon esprit. J’ai l’espoir de noircir de mon encre cette feuille blanche de mes pensées et de mes tourments. Mes mots me permettront-ils de soulager mes maux ? Pourquoi cette situation me bouleverse-t-elle autant ? Mes collègues auraient-elles raison :suis-je trop investie ? Cet investissement me fait-il perdre toute mon objectivité ?

Mon entourage dit de moi que je suis une personne optimiste et pleine de vie. Je pense qu’il ne se trompe pas, j’aime voir la vie du bon côté ; le verre à moitié plein ; j’aime à penser que je suis heureuse. Pourtant aujourd’hui je me sens comme habitée, je ne cesse d’être parasitée et n’arrive pas à atteindre la sérénité habituelle dont je fais preuve. Ce n’est pas la première fois que je me suis attachée à la personne dont je prenais soins et pourtant aujourd’hui le sentiment qui me ronge est singulier. Je sais qu’au sein de ma profession je dois être l’infirmière que je suis et non la personne que je suis ; mais cela n’a pas de sens ; je ne saurais être différente…

Être soignante est-ce être soi ? Être soi est-ce être soignante ? Tel était le titre de mon mémoire. Cela fait à ce jour cinq ans que je suis diplômée et pourtant cette problématique m’interpelle toujours. Au travail suis-je trop moi-même ? Est-ce pour cela que cela m’atteint autant ? J’apprends à connaitre mes patients et ils apprennent à me connaitre ; un lien s’établit. Des habitudes, des soins de plus en plus personnalisés qui entrainent des attentions particulières, des confidences, des fous rires qui s’inscrivent dans des souvenirs et en un rien de temps ; ce lien devient attachement. Il est déjà trop tard pour reculer, je le sais je suis dans une proximité qui est pour certain au-delà de celle du soin mais comment faire ? il est déjà trop tard…

Il faut que : « tu restes professionnelle et que tu gardes une juste distance ; tu es soignante avant tout ». Voilà ce que j’entends. Je reviens sur ces termes.

« Rester professionnelle » : Que cela signifie-t-il ? Serait-ce ne rien dévoiler de ce que je suis dans un contexte où le patient va me livrer ses craintes les plus intimes , va me faire partager sa vie en me parlant de ses proches, ses activités, son histoire… Alors il s’agirait d’entretenir une relation unilatérale ? Effectivement je ne suis pas là pour lui raconter ma vie, mais il me semble légitime qu’il apprenne dans une moindre mesure à me connaitre. J’ai le sentiment que si rester professionnelle signifie ne parler que de la maladie, des traitements… alors la pathologie ne sera pas le seul calvaire qu’il va devoir supporter. Une des bases théoriques de la profession d’infirmière est « la relation de confiance ». Le pylône même d’une relation n’est-il pas « l’échange » ?

« Prendre de la distance » : on nous parle de « juste distance », pourquoi les penseurs n’ont-ils pas nommé cette notion : « juste proximité » ? Dois-je évoquer ces penseurs qui pensent pour nous ; soignants, je me questionne parfois en me demandant si ceux-ci ont déjà réellement pansé ? Il me semble légitime pourtant que penser un soin est bien différent que de panser une personne malade ! Comment parler de distance dans cette profession qui physiquement inclue une telle proximité que peut être le massage, la toilette ?

« Tu es soignante » : je pense à la signification de ce terme « soignante » littéralement « soi-niante », hasard ou subterfuge ? Je vais peut-être un  peu loin certes mais cela signifierait-il que le soignant doit être un soi qui se nie ? Dans son monde professionnel celui-ci devrait nier ce qu’il est lui-même ; ne pas faire transparaitre ce qui fait de lui son unicité ?

Je me refuse d’être soi-niante ; ma personnalité, mon vécu, mon « moi » fait ce que je suis. Aucunes de mes collègues ne me ressemblent, aucunes de mes collègues ne se ressemblent, pourtant chacune d’entre nous avons reçu les mêmes enseignements. Ceci n’est-il pas la preuve qu’au-delà de notre professionnalisme, notre personnalité transparait au sein du soin ?

Accepter ce que je suis avec mes forces et mes faiblesses c’est rester fidèle à qui je suis ; et donc me semble-t-il faire preuve d’authenticité auprès des patients. J’ai conscience que ce discours m’engage car me « livrer » en tant que personne au-delà de mon « statut » d’infirmière engendre au-delà d’un investissement professionnel un investissement personnel.

Peut-être est-ce pour cela qu’aujourd’hui je me suis brûlé les ailes ?


Actualités de l'OFMP 

2ème Congrès francophone de la Médecine de la Personne

20 et 21 novembre 2015

Espace Mendès France - Poitiers

 

Thème : « Parler, Parler au patient, Parler au soignant, Parler de et autour de la maladie »

Lors du 1er congrès de l’OFMP en mars 14 à Poitiers, la question majeure et récurrente qui a surgi  des ateliers et de la table ronde a été celle de l’annonce de la maladie.Qu’il s’agisse de la maladie, du diagnostic, des soins, et même de l’’information et de formation, les interrogations sont toujours les mêmes.

Pourquoi informer et/ou transmettre ? A qui s’adresse-t-on ? Et comment on parle ?

A chaque fois il s’agit d’échanges et de constructions communes dans l’espace et le temps, de représentations, de ce qui arrive, surprend, dérange.

A chaque fois il s’agit de se représenter les choses afin de les réaliser et d'anticiper pour s’en défendre.

Fiche d'inscriptionFiche d'inscription

Programme du congrèsProgramme du congrès


Présentation d'oeuvres littéraires traitant de la santé physique ou psychique

Ces oeuvres ont été sélectionnées pour le prix ESCULAPE qui sera attribué lors du congrès par un jury composé de : Isabelle Baffoux, Christine Drugmant, Brigitte Greis, Simon-Daniel Kipman, Amin Maalouf, Florence Quartier

 

Le prix Esculape

Chaque année, de nombreux prix littéraires son distribués et la saison littéraire ressemble souvent à une course au prix. Or, il s’agit pour l’OFMP non seulement d’une «impérieuse nécessité», comme on dit ; mais aussi d’un pôle d’activité central, essentiel, révélateur de nos objectifs. Seuls des écrivains, des auteurs littéraires, des créateurs de verbe écrit et transmissible sont à même de nous apporter les idées dont nous avons besoin pour modifier, renouveler les mythes qui agissent sur nous. Les créateurs littéraires nous offrent une façon de voir et donc d’exprimer des problèmes complexes, en lien avec la santé en ce qui nous concerne, qu’aucun rapport, qu’aucune observation médicale, qu’aucun essai d’un expert en telle ou telle matière ne peut exprimer avec tant de richesse.

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"De peur que j'oublie" par Marie-Noël RIO, éd. du Sonneur, mai 2014

Marie-Noël RIO née en 1944 en Bretagne a d'abord été monteuse de cinéma puis dramaturge, metteur en scène et maintenant écrivain.

Elle publie aux Editions du Sonneur son 4ème roman « De peur que j'oublie ».

A la manière d'une pièce de théâtre, au travers de fragments de journal intime, de témoignages et en moins de 100 pages nous découvrons la vie terne d'Huguette, une personne qui n'intéresse personne, une invisible à la vie sacrifiée par le respect des conventions.

Huguette sera placée dans foyer où elle aura peu de visites, puis atteinte par la maladie d'Alzheimer son cerveau se détruit peu à peu. Les récits du personnel soignant, de la famille, des aidants nous renvoient l'incapacité de notre société à prendre en charge les personnes âgées. 

Ce livre dédié « A ceux dont le métier est de prendre soin des vieux » nous touche par son style simple, beau et vrai.

 

« L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir » de Rosa Montero, éd. Métailié, octobre 2014

Rosa Montero, romancière et journaliste à El Pais, est née à Madrid le 3 Janvier 1951.

Son dernier livre «  L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir » publié aux éditions Métailié est complètement différent de ses romans, essais, récits ou contes précédents car à la fois biographique et autobiographique.

En effet, Rosa Montero  y a mêlé sa propre douleur lors de la perte de son compagnon Pablo à celle de Marie Curie qui a tenu un journal après la mort accidentelle en 1906 de Pierre son mari.

Dans ce livre touchant sur la vie de Marie Curie, femme passionnée et passionnante, Rosa Montero, par un effet miroir raconte sa propre histoire et nous livre ses réflexions personnelles sur la vie, le deuil, l'amour, les relations entre les hommes et les femmes ...  dans un style innovant mais assez déroutant pour les non initiés où elle utilise les hashtags # de Twitter pour marquer des thèmes forts comme le machisme, le féminisme, la culpabilité.

 

Bad Girl de Nancy Huston, éd. Actes Sud, Janvier 2014

 Ecrivain, essayiste, musicienne et militante des droits des femmes et d'origine Canadienne, Nancy Huston née en 1953 vit à Paris depuis les années 70.

 Dans son dernier roman autobiographique «  BAD GIRL »  sous-titré – Classe de littérature - avec en illustration sur la couverture une œuvre de son compagnon Guy Oberson, Nancy Huston nous fait partager son parcours semé d'écueils et d'illusions nous permettant ainsi de mieux comprendre sa trajectoire littéraire.

Sa lignée familiale constituée d'un arrière grand-père fou à lier, d'un grand-père pasteur, une grand-mère féministe, une belle-mère Allemande, un père brillant et dépressif et enfin d'une mère présentée comme ambitieuse ne voulant pas être réduite à la maternité qui l'abandonnera rapidement.

Cette famille pleine de cahots et de ruptures sera le moule unique pour fabriquer l'écrivain que sera Nancy Huston.

Sous la forme de lettres avec une narration à la deuxième personne, elle s'adresse à « Dorrit » c'est comme ça qu'elle nomme le fœtus non désiré qu'elle a été, elle revisite et redécouvre toute son enfance.

Et c'est la musique et la littérature qui la sauveront de cette enfance au contexte familial si difficile plus porté sur la religion que sur toute forme d'art.

Elle nous permet ainsi de nous poser la question : d'où venons-nous ?

 

Histoires naturelles de l'oubli de Claire Fercak, éd. Verticales, janvier 2015

 Ecrivain avec un parcours éclectique, Claire Fercak  née en 1982 vit et travaille à Paris. Elle publie son deuxième roman aux Editions verticales : « Histoires naturelles de l'oubli ».

 Dans ce roman a deux voix écrit lors d'une résidence d'écrivain deux ans auparavant à la BULAC ( Bibliothèque Universitaire des Langues et Civilisation ), elle trace les portraits croisés de deux personnages victimes d'amnésies partielles d'origine différente, une traumatique et l'autre psychologique. Elle décrit leur vie après le traumatisme, comment vit-on quand on a subit de tels chocs ?  Suzanne, bibliothécaire a perdu son mari qui s'est suicidé et Odradeck est le survivant de l'attaque d'un loup subit à la ménagerie du jardin des plantes dans lequel il travaille tandis que son collègue lui, y a laissé sa vie.

 La narration est la juxtaposition de 2 monologues à l'alternance contrastée.  Odradeck et Suzanne ne se connaissent pas mais leurs destins vont se croiser à la bibliothèque, le lieu de travail de Suzanne, puis se retrouver car internés dans le même hôpital.

Claire Fercak dépeint avec des phrases courtes, rapides et percutantes leurs univers opposés qui se rejoignent dans l'enfermement de leur folie.