Observatoire francophone de la Médecine de la Personne (OFMP)

L'OFMP, une courte histoire

 

Il peut sembler prématuré de raconter l’histoire de l’OFMP, car elle est très courte, et nous sommes sans doute les plus mal placés pour en parler. Mais, dans ce monde difficile à bien des égards, il faut bien connaitre et faire connaitre les initiatives qui peuvent être intéressantes pour tous, dès lors qu’elles se produisent. C’est d’ailleurs l’objectif et la vocation de l’OFMP

1- L’OFMP est né dans la foulée d’un livre collectif. Ce livre «Médecine de la personne, un manifeste» a été écrit par des soignants et des malades,  réunis par un même souci : rendre une médecine devenue de plus en plus économique et technicienne, plus humaine, sans perdre pour autant ses qualités technologiques et/ou scientifiques.

Comme on le sait, rien n’eût pu se faire sans l’histoire d’abord du programme pour une psychiatrie de la personne lancé par Juan Mezzich, alors secrétaire général de la World Psychiatric Association (dont il deviendra le président) relayé en France par le livre «Manifeste pour une Psychiatrie de la Personne» qui eut un certain écho dans la profession ; puis par la succession des conférences de Genève et la création du "Collège international de la Médecine de la Personne".

 

Révolte et révolution

L'OFMP est né de deux révoltes et d’une révolution.

La première révolte est bien connue des soignants du monde entier: la soumission des secteurs de santé aux lobbies de l’industrie de la santé et à la pensée économique dominante a conduit à un appauvrissement de la pensée et donc de la clinique médicale. Cet appauvrissement, qui ne se compte donc pas seulement en pertes de postes, va bien évidemment à l’encontre des besoins et des intérêts des malades, et de ceux qui s’en préoccupent....c’est à dire peu ou pour l’ensemble de la population.

La désespérance des soignants devant la mécanisation de leur travail,  leur perte d’autonomie vis à vis de règles de comportement de plus en plus rigides au point d'en devenir absurdes, les pousse à se sentir moins impliqués et moins efficaces. Les praticiens de terrain ne le supportent plus, pas plus d'ailleurs que les patients ainsi délaissés  mais ils cherchent encore ce qui peut réunir leur actions, leurs initiatives, leurs idées. L’OFMP a été créé pour cela.

Ajoutons-y une vieille révolte contre l’usage universel, dans les instances internationales, de l’anglais, d’un anglais souvent basique. L’usage d’une langue unique, si elle facilite le travail de gestion et d’administration, si elle complique celui des praticiens, va dans le sens d’une uniformisation des pensées , des réflexions et des méthodes, en niant plus ou moins ouvertement la personnalité des patients et des soignants, et ainsi leur originalité. D'ailleurs si dans la relation thérapeutique  on cherche toujours à parler, à échanger dans la langue utilisée et compréhensible par le soigné, il devrait en aller de même entre soignants.

Une révolution, mais une révolution copernicienne : il s’agit de renverser complètement la tendance technocratique et automatisée de la médecine contemporaine, non pas en revenant à des méthodes archaïques et duelles, non pas en ignorant ou en sous utilisant les progrès des connaissances et surtout des techniques, mais de réhabiliter des notions anciennes de valeur soignante de la relation soignant soigné, de l’implication personnelle des soignants dans leurs méthodes. L’idée générale est que, si on se prive des connaissances biologiques, on se coupe un bras; et qui si on se prive des connaissances psychologiques en particulier inconscientes ou automatiques, on se coupe l’autre bras. L’OFMP a pour tâche donc de participer au mouvement scientifique global et actuel qui fait des sciences des sciences de la complexité et des approches multiples coordonnées.

Dr. S.-D. Kipman